Nous passons la frontière Vietnamienne sans encombre. Visa en poche, les quelques centaines de mètres qui séparent les deux pays sont sidérants. Au Vietnam, profusion de marchandises et rythme à l’occidentale; au Laos, découverte des petits villages désertiques et des stands/boutiques à quatre planches. La frontière passée et un lever à 5h du matin nous ont ouvert l'appétit. Avant de prendre notre prochain bus nous déjeûnons de noodles soup et pepsi (pâtes locales avec bouillon, carottes, oignons et quelques morceaux de porc coupés devant nous à la machette et entre les mouches). Il est 9h00. Nous ingurgitons notre petit déjeûner et observons incrédules le chargement de notre bus. 10h, les poules sont dans le bus. Quant aux cartons, sacs de riz, chaises, tabourets, boîtes plastiques, café, sucre, serviettes éponges, tongs… ils sont sur le toit et entre les passagers. La marchandise vient du Vietnam et nous approvisionnons les boutiques des villages traversés. Roule, stop, roule, stop. Mal au cœur. Nous rejoignons Savannakhet en 6 heures.
Sur la route, des vélos à profusion sur lesquels les laotiens tiennent leur parapluie (plus efficace que la crème solaire, mais aussi plus risqué), les premiers moines en tenue orange faisant une course de vélo, et une nature extraordinaire. Le pays est calme et les laotiens sereins. Tout invite à ralentir son rythme, même le bus qui trottine sur les pistes de terre orange. Dans ces moments là, les yeux piquent, la tête s’alourdit et c’est parti pour une petite sieste.
A Savannakhet, au centre du pays, nous observons incrédules « l’éloge de la lenteur » en pleine rue principale : une voiture se gare lentement en deuxième file, quelques minutes plus tard la passagère ouvre lentement la portière, descend de la voiture au ralenti, pousse délicatement la portière (j'étais persuadée que la portière n’allait jamais se fermer. IL FAUT LA CLAQUER. CHEZ NOUS ON CLAQUE) et marche lentement vers une boutique. Dix minutes s’écoulent, les autres véhicules patientent, pas de klaxon, pas d’interpellation. Pause. Le temps semble s’être arrêté. Nous restons étonnés devant la situation en sirotant lentement notre jus de citron nous disant qu’en France, les choses auraient pris une toute autre tournure. Plantée au bord du Mékong, Savannakhet sans être renversante possède un certain charme. Ses maisons coloniales françaises et son église nous rappellent que la France, déjà présente en Indochine a étendu son influence au Laos. D’ailleurs
pas très glorieux. A cela, nous observons les us et coutumes conservés. Vente de baguettes au coin des rues, joueurs de pétanque et boulodromes accompagnés du vocabulaire adéquate « pointe » « tire ». Nous découvrons également la profusion de temples. Chaque village en possède un. Lieu de prière, il est également l’endroit où vivent les moines. Les jeunes moines intègrent généralement le monastère pour suivre une éducation religieuse et scolaire et poursuivre ainsi leurs études dans le secondaire faute de moyens des familles. Dans la journée, il sillonnent la ville au milieu des habitants s’afférant au cybercafé ou mangeant une glace devant les échoppes. Normal, ils sont levés depuis 4h du matin. Nous poursuivons notre route en direction de Ventiane. 10h de trajet.

Nous y restons deux jours, le temps de couper avec les 3 jours de bus qui viennent de s’écouler. Luang Prabang. Voici notre première vraie étape. Des collines verdoyantes et des monts couverts de forêt tropicale entourent la ville classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Il fait bon vivre. Nous déposons nos affaires pour quelques jours, sirotons un verre sur les bords du Mekong, louons des vélos et visitons la ville. Nous y découvrons un centre de sauna et massages créé par la Croix rouge . Une bonne idée pour revigorer nos articulations meurtries. Quant au sauna, il est typique. Les laotiens torse nu, les laotiennes en sarong passent leur temps à roter en buvant du thé brulant. La salle de repos est commune, quelques tabourets et une télévision diffuse en continue des match de boxe thaï, le tout dans une propreté douteuse qui n’enlève rien au charme et à l’authenticité du moment passé.
Nous partons 3 jours en trek dans la forêt tropicale à la découverte des villages et des ethnies. La chaleur est étouffante, la forêt dense, les terrains boueux et glissants. Rien de bien épanouissant après plusieurs heures de marche si ce n’est de voir les autres glisser à leur tour en se disant qu’il y a une justice et que ça ne tombe pas toujours sur les mêmes. Il faut aussi avoir l’œil sur les serpents (des cobras quand même ...) et les araignées. Le soir, nous participons à la vie des villages. Construction des maisons sur pilotis en bambous, préparation du riz, bain des enfants et surtout l’expérience de la toilette. Aucune intimité, la salle de bains étant située au centre du village. Il s’agit en fait, lorsque ce n'est pas la rivière, d’un lavoir de plein pied. Les femmes alternent toilettes et lessives aux yeux
de tous. Elles portent un sarong (paréo) et font preuve d’une ingéniosité remarquable pour ne pas dévoiler leurs parties cachées. Ça rigole, ça papote. Nous observons et attendant patiemment notre tour, remarquant qu’au fur et à mesure que l’échéance approche un petit comité grandissant se forme autour de nous. Il y aura au final une vingtaine de personnes à regarder deux blancs se laver et faire l’objet de plaisanteries. Les gloussements en témoignent.
La vie de ces villages est très sommaire. Pas d’électricité. Un seul point d’eau. Quelques porcs, poules et dindons pour les protéines et quelques potagers. Un chef du village, un guérisseur et une ribambelle d’enfants en haillons grignotant, en fin d’après midi, des chenilles. Les femmes lavent, lessivent et partent aux plantations de riz situés parfois à 3 heures du village. Les hommes chassent et construisent les greniers à riz à l’aide d’un outillage primaire qui se résume à une machette et une tige en bambou pour mesurer. Le soir, nous dormons au milieu des sacs de riz sur des nattes posée à même le plancher. Mieux vaut ne pas diriger la lampe frontale au plafond, les araignées, les cafards y ont élu domicile. Au-delà de tous ces aspects matériels, nous apprécions ces moments de partages avec ces habitants à la sérénité légendaire qui savent nous faire partager leur douceur de vivre.
Nous poursuivons notre périple pour deux jours avec un ancien moine et découvrons avec lui de nouveaux villages. Le premier village fait office de cité dortoire pour les enfants de la région. Les soixante douze familles les prennent en pension pour qu'ils puissent aller à l'école. Il y a effectivement une école qui accueille 60 enfants de 6 à 10 ans. Le soir, le ciné club fait salle comble. Les villageois se réunissent chez la seule famille disposant d'un groupe électrogène capable d'alimenter la télé. Les enfants sont normalement couchés, mais les plus téméraires font le mur pour regarder au travers des planches de la
maison. Régulièrement, une mère sort précipitamment du ciné-club pour courser sa progéniture et la sommer d'aller se coucher. Nous terminons ce trek par la découverte de cascades, et l’incontournable balade à dos d’éléphant. Pas très rassurant, la hauteur, la grosseur, les barissements, seul Stéphane chante à tue tête "La patrouille des éléphants, s'achemine pesamment..."
Muang sing, est un village entouré de montagnes à 10 kilomètres de la frontière chinoise.Nous partons à nouveau 2 jours en trek à la rencontre des minorités Hmongs et Akha. La nature est brute et les modes de vie intactes. Paysages de douces collines et rizières, chemins de terre et paysans rentrant à la tombée de la nuit des champs après un dur labeur. Les villages Akha présentent une architecture différente de celles vues jusqu’ici. Leurs maisons sont en bois sur pilotis avec de longs balcons. Le plus impressionnant, la porte des esprits située à l’entrée du village. Elle ressemble aux contours d’une porte et est destinée à éloigner les mauvais esprits. Flèches, fusils, toiles d’araignées, le tout réalisé en bois et fixé sur les montants. Il ne faut pas la toucher.
Les femmes Akha sont également les plus belles. Ornées de coiffes de pièces en argent (dont certaines de la période française), leurs atours sont des plus dépaysants. Au Laos, la nature, le bouddhisme et la douceur de vivre des habitants nous offrent de prendre du recul sur notre manière de vivre occidentale. Il est impossible de résister au charme de ce pays où une étonnante mosaïque ethnique vit en parfaite harmonie. Par des pistes chaotiques nous avons choisi de découvrir ce pays en bus et bien nous en a pris. L’intégralité des paysages et le contact avec les habitants en font pour le moment l’un de nos pays visités préféré.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire